Auto entrepreneur, une concurrence déloyale pour les salons de coiffure ?

Le 01/05/2014 à 07h59 - Expert Zone

Le statut d'auto entrepreneur a été pendant très longtemps une aubaine pour les personnes souhaitant monter leur activité, sans avoir à subir les lourdeurs administratives de la création d'une structure juridique. Pourtant, aujourd'hui, ce statut est remis en cause pas de nombreux corps de métiers, dont la coiffure se fait la tête de proue.
En effet, de nombreux salons de coiffure hissent le pavillon face à cette concurrence jugée déloyale. Alors, qui a tort, qui à raison, nous allons essayer de faire le point sur ce statut, et son application dans le monde de la coiffure. 
Auto entrepreneur coiffure

Auto entrepreneur, un statut mal aimé chez les coiffeurs 
Dans le monde de la coiffure, il y a 2 reproches principaux qui sont fait contre les auto entrepreneurs.
Le premier concerne l'absence de diplôme. En effet, nombreux sont les coiffeurs à accuser un certain nombre d'auto-entrepreneurs d'officier sans avoir les qualifications requises. Il s'agit d'une donnée très complexe à vérifier et sur laquelle il est impossible de mettre des chiffres, nous en resterons donc la pour ce point. 
La seconde concerne une différence de taxation importante entre les coiffeurs en salon et les coiffeurs à domicile officiants sous le régime de l'auto entreprenariat. Car oui, la majorité des salons de coiffure sous le régime de l'auto entreprenariat concerne aujourd'hui les coiffeurs à domicile. Enfant pauvre du monde de la coiffure, quasi-inexistant il y a moins de 10 ans, force est de constater que le coiffeur à domicile s'est fait une place réelle sur le marché de la coiffure, avec les économies de coûts que le statut engendre : pas de charges fixes, pas de frais de location, d'achat de droit au bail etc... Si on ajoute à cela une taxation des revenus avantageuse (pas de double imposition IS + IR) à 23,5% le statut a vite fait de se faire des ennemis dans le monde de la coiffure. 
Pourtant, il existe 3 limites dans le régime de l'auto entrepreprenariat qui sont passées sous silence par ses détracteurs : le montant limité de chiffre d'affaire de la société (32 600 euros par an pour une société de service), l'achat des produits en TTC (pas de récupération de la TVA possible, donc un achat des matières premières 20% plus cher que les autres professionnels du secteur), et l'impossibilité d'embaucher un collaborateur. 

Les reproches effectués par les coiffeurs sur le statut d'auto entrepreneur
Les reproches rapport à ce statut sont nombreux, et ont été résumés par la FNC dans une étude réalisée dans le cadre de l'évaluation de la santé du secteur. On les compte au nombre de 10, à savoir :
- L'instauration d'une distorsion de la concurrence (le mot poli pour parler de concurrence déloyale)
- Le manque d'une limitation dans la durée de ce statut
- Les allègements de charges, notamment comptables (les auto entrepreneurs étant dispensés de tenir une comptabilité)
- Les exonérations fiscales divers (pas de cotisation foncière, exonération de la TVA (qu'ils ne collectent pas, comme expliqué plus haut...)
- Absence de contrôle du chiffre d'affaire réalisé (le CA de l'activité se fait sur une base déclarative)
- Un plafond de CA trop élevé (32 600 euros)
- Un risque de détournement des employeurs de ce statut pour dissimuler des CDI
- Absence de contrôle de la qualification
- Une baisse des cotisations perçues par les organismes sociaux
- Création d'une forme de nouvelle pauvreté, par l'absence de cotisation aux régimes de retraite et de sécurité sociale
Vu de cet angle, le statut d'auto entrepreneur semble être une problématique réelle pour les salons de coiffure installés en physique. Pourtant, une chose est omise dans ce rapport : le statut auto entrepreneur est aujourd'hui le relai de croissance de la profession. 

Les auto entrepreneurs à la base de la majorité des créations d'entreprise dans le monde de la coiffure en 2011
L'année 2011 a été une excellente année en terme de création d'entreprises dans le monde de la coiffure. En effet, le FNC dénombre 7783 créations d'entreprises, et 1758 reprises. Des chiffres exceptionnellement élevés, et très largement favorisés par la création de ce statut d'auto entrepreneur. Une chiffre à relativiser tout de même, quand on le compare au nombre de fermeture d'établissements, qui s'élève au nombre de 7518 en 2011 (dont 1800 auto entrepreneurs, pas d'informations en revanche sur le nombre de ces auto entreprises fermées pour passer sur un statut juridique plus stable, comme une SARL ou une SAS). Le rapport de la FNC souligne que 52,7% des entreprises crées en 2011 l'ont été sous le statut auto entrepreneur (un chiffre en baisse par rapport à 2009). Aujourd'hui, le monde de la coiffure compte 10350 sociétés sous le statut de l'auto entreprenariat. 

L'auto entreprenariat, un régime adapté à la nouvelle donne du marché de la coiffure ? 
Quand on sait qu'aujourd'hui, 48% des entreprises de coiffure ne compte aucun employé, nous sommes en droit de nous poser la question suivante : l'auto entreprenariat est-il la cause de cette désertion des employés dans les salons de coiffure, ou est-ce au contraire une réponse à une évolution profonde du marché de la coiffure ? La question reste ouverte... 
En d'autre termes, l'auto entreprenariat est-il une régime favorisant la paupérisation du secteur de la coiffure, ou est-il au contraire une réponse à un secteur d'activité au bord de l'asphyxie à cause de prélèvements trop importants, de coûts d'achats de matière première exorbitants, le tout cumulé avec une conjoncture économique morose qui incite les clients à réduire leur consommation de coiffure, voir les salons à baisser leurs marges ? Et si le vrai problème n'était pas l'auto entreprenariat, mais le secteur de la coiffure dans son ensemble ? La question est ouverte...