Le numerus clausus est-il la solution aux problèmes des coiffeurs ?

Le 13/08/2014 à 10h31 - Expert Zone

Suite à la discussion d'hier sur le fait qu'il est de plus en plus compliqué pour les gérants de salon de coiffure de gagner correctement leur vie, je me suis rendu compte qu'il était fait plusieurs fois mention de la mise en place d'un numerus clausus sur le métier de coiffeur. Une idée qui peut paraître séduisante, mais qui impose au marché certaines contraintes qui méritent d'être soulevées. D'où la question : le numerus clausus est-il la solution aux problèmes des coiffeurs? Quelques éléments de réponse ci-dessous... 
Numerus clausus coiffeurs

Qu'est-ce qu'un numerus clausus ?
Selon la définition de Wikipedia, un numerus clausus est une "limitation -conformément à une décision prise par une autorité publique ou professionnelle- du nombre de personnes admises à concourir, à exercer une fonction ou un métier, à recevoir un grade, etc... Cette limitation, exprimée par la fixation d'un effectif limite est censée permettre le déploiement de moyens nécessaire et suffisant pour répondre aux besoins". En clair, seul un nombre défini de salons de coiffure auraient la possibilité d'être ouverts en même temps sur le territoire français. Et pour ouvrir un nouveau salon, il serait donc nécessaire qu'un autre ferme. 
Sur le papier, l'idée paraît intéressante pour limiter l'expension non contrôlée de l'ouverture des salons. Pourtant, ce numerus clausus comporte de nombreuses limites, tant pour le client final que pour le professionel... 

Un frein à l'innovation et à l'entrée sur le marché
Mettre en place un numerus clausus, c'est favoriser la rente, et par voie de conséquence, brider l'innovation. Si on prend l'exemple d'une profession soumise au numerus clausus, comme les taxis, vous vous rendrez vite compte que ce n'est en rien une solution aux problèmes du métier. En effet, les taxis, malgré le fait que leur profession soit limitée en nombre, est l'une des profession les plus pauvres du secteur. La raison? Le fait que leur métier soit protégé par un numerus clausus, et la fixation des tarifs par l'état font que les taxis ont la fâcheuse tendance à se "reposer sur leurs lauriers" depuis des années. Résultat, on assiste à un appauvrissement progressif de la profession et à une dégradation du service, qui fait que des services parallèles (les chauffeurs privés) se développent, et risquent de mettre un coup d'arrêt final à la profession. 
L'autre gros problème du numerus clausus, c'est le frein à l'entrée sur le marché. En effet, un taxi à Paris aujourd'hui doit s'acquitter d'un montant de 220 000 euros pour acheter sa licence lui permettant de transporter des personnes. Si on transpose cela au métier de coiffeur, cela signifie que le jeune coiffeur souhaitant s'installer et ouvrir son salon devra, en plus du droit de porte et du rachat du fond de commerce, acheter une licence à des montants exorbitants. Un élément qui pourrait bien refroidir la plupart des nouveaux entrants, et donc brider l'innovation. 
Un marché qui n'innove pas, c'est un marché qui meurt. La mise en place d'un numerus clausus sur les métiers de la coiffure, c'est donc la mort programmée du métier de coiffeur...

La coiffure, une profession réglementée? 
On en parlait il y a quelques semaines, et l'affaire avait fait grand bruit. En effet, pendant un moment, nous avions cru que la coiffure était concernée par la réforme des professions réglementées. Une affaire qui avait provoqué une levée de boucliers de la part des coiffeurs. Mais entrer dans le cadre d'un numerus clausus, cela signifie également un encadrement des tarifs. Et je ne pense pas que les coiffeurs souhaitent se voir imposer une coupe de cheveux à un prix unique... 

Pourquoi il n'y aura jamais de numerus clausus sur la profession de coiffeur ? 
Cela ne vous aura pas échappé, la stratégie de la France est de déréglementer au maximum les professions réglementées. Car cela va dans l'intérêt du consommateur, mais également dans l'intérêt de l'état, qui subventionne régulièrement ces branches professionnelles. Difficile donc dans ce contexte de penser que l'état fasse une exception pour les métiers de la coiffure.
De plus, la France doit désormais rendre compte de ses décisions à Bruxelles, et la ligne directrice de l'Etat Européen sur le sujet est claire : libéraliser le marché.
Il y a donc très peu de chances qu'un numerus clausus soit mis en place sur le métier de coiffure, une idée qu'il faut mieux oublier (et qu'il est préférable d'oublier pour le bien de la profession).  

En conclusion, la coiffure est un métier qui est, et qui doit rester soumis à la concurrence. Et quand on y pense bien, le problème d'un marché n'est pas la concurrence, c'est plus de savoir comment être meilleur que ses concurrents. Travailler votre produit, améliorer vos concepts, et faire payer à vos clients un prix juste sont les clefs de la réussite !

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